jeudi, avril 19th, 2018

 

Le Ministre Albert Damantang Camara dément les allégations d’Aboubacar SOUMAH du SLECG.

Albert Damant CAMARA, Ministre guinéen du travail et porte-parole du gouvernement, a démenti ce jeudi les allégations portées contre sa personne par le syndicaliste Aboubacar SOUMAH du SLECG. Ce dernier (Aboubacar SOUMAH), reproche au Ministre d’avoir adressé un courrier aux syndicats leur demandant la tenue d’un nouveau congrès en proie à des chienlits.
Dans sa précise et concise réaction, le Ministre a martelé : « Le gouvernement ne soutient aucun candidat syndicaliste. Et le gouvernement n’organise aucun congrès ».
« Dans aucune correspondance qui a été dressée à quel que syndicat que ce soit, il n’a été annoncé que le gouvernement allait organiser un congrès. Ce que le gouvernement fait c’est de demander aux différentes fractions syndicales du SLECG de se retrouver ensemble et de régler leur conflit et qu’on ait un seul interlocuteur », a-t-il conclu.
BAYO Ibrahima Kalil.


Universités : en Guinée, le privé joue sa survie

Après avoir soutenu le secteur depuis 2006, l’État a décidé de réserver ses aides aux seuls établissements publics. Une rupture qui bouleverse les filières.
Pour pallier le manque de places dans les universités publiques, l’État guinéen invitait, depuis 2006, des bacheliers à s’inscrire dans des établissements privés. De quoi assurer une belle manne à ces institutions mais aussi engendrer d’importantes dépenses pour l’État, dont 16 % du budget est alloué à l’éducation. De 2008 à 2017, 1 450 milliards de francs guinéens (GNF, soit 130 millions d’euros) auraient ainsi servi, selon les autorités, à payer les bourses des étudiants inscrits dans le privé. Soit plus que la subvention accordée aux universités publiques.
En 2017, 258 milliards GNF (33 % du budget de l’Enseignement supérieur) allaient au privé contre 211 milliards GNF (27 %) au public. Mais depuis la rentrée 2017-2018, le contexte a changé. Pour assainir les finances, l’État a décidé de ne plus orienter d’étudiants dans le privé, préférant investir dans la rénovation et l’extension des universités publiques.
Des étudiants issus des milieux favorisés
L’arrêt des orientations dans le privé inquiète tout particulièrement les responsables de ces institutions. « De nombreux promoteurs avaient ouvert ces écoles après l’octroi des bourses », rappelle Ousmane Kaba, président de la Chambre représentative de l’enseignement supérieur privé (Cresup) et fondateur, en 1999, de l’université Kofi-Annan de Guinée, la première faculté privée du pays.
Jugeant la rupture « brutale », Mamadou Aliou Souaré, vice-recteur chargé des études à l’université Nongo-Conakry (UNC), créée en 2006, assure pourtant garder le cap malgré la mesure. L’UNC accueillait déjà des étudiants qui payaient leur scolarité, dont ceux qui n’étaient pas orientés dans les filières ou les universités de leur choix. Elle continue de séduire les étudiants issus des milieux les plus favorisés : 1 200 jeunes se sont inscrits cette année à leurs frais.
Mon université a existé avant les bourses, elle vivra après elles
Et pour renforcer son attractivité, l’université a consenti d’importants investissements, avec à la clé des « programmes fiables, des ressources humaines de qualité et des équipements de laboratoire de dernière génération en informatique, télécommunication et génie électronique ». L’UNC a en outre tissé des partenariats avec des établissements marocains ou sénégalais, comme l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, qui envoient leurs enseignants y donner des cours.
« Mon université a existé avant les bourses, elle vivra après elles. Depuis l’ouverture, nous avons des nouveaux inscrits guinéens et étrangers » se félicite Ousmane Kaba. Se prévalant de la reconnaissance, depuis 2017, de sa faculté de médecine par le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (Cames), l’université Kofi-Annan mise aussi sur ses équipements pour continuer à attirer des étudiants. En plus d’une bibliothèque bien équipée, elle construit actuellement un laboratoire.
Des tarifs plus compétitifs
Pour tirer son épingle du jeu dans ce nouveau contexte, l’université met également en avant des tarifs plus compétitifs. À l’exception du cursus de médecine, qui coûte 1 500 dollars par an, les frais d’études oscillent entre 300 et 500 dollars par étudiant. « Ce qui est bien moins cher que certains lycées de Dakar ou de Bamako » souligne Ousmane Kaba. C’est à ces conditions que les principaux établissements survivront.
« Dans trois ans, il ne restera que très peu d’universités privées en Guinée, d’autant plus que, depuis 2011, leur situation financière n’a cessé de se détériorer, insiste le président de la Cresup. L’État a cumulé énormément d’arriérés. »
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Chasse aux étudiants fantômes
L’État guinéen a procédé au recensement biométrique des étudiants et enseignants pour assainir son fichier. Sur un total de 110 000 étudiants, environ 30 000 seraient fictifs, selon une source proche du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Depuis 2015, l’orientation des étudiants dans le supérieur se fait en ligne via la plateforme Gupol.
Par Diawo Barry


Abidjan : hors d’Anoumabo, le Femua se cherche un nouveau souffle

Pour sa 11e édition, le festival de musique ivoirien, qui s’est ouvert mardi, a quitté son site historique d’Anoumabo et tente de fédérer un public toujours plus large dans le pays, sans perdre son âme.
La rue principale du village d’Anoumabo paraît bien déserte. Quelques habitués seulement sirotent des bières dans les maquis traditionnellement bondés les jours de festival. Pas de scène, pas de loges, pas de grilles pour contenir les milliers de spectateurs qui se pressaient plus nombreux d’année en année pour admirer les plus grandes stars du continent. C’est que cette année, le Femua, Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo, ne se fera pas à Anoumabo.
Certes, la rue accueille bien l’espace « Femua Kids » où vont s’égayer des centaines d’enfants, sensibilisés cette année aux dangers de la migration. Mais le gros des animations, prévues du 17 au 22 avril, se déroulera à 15 minutes à pieds du berceau historique, voire affectif du Femua, à l’Institut National de la Jeunesse et des Sports (INJS). C’est là, dans le stade réquisitionné pour l’occasion, que la scène a été montée pour recevoir – entre autres – Soprano, Sidiki Diabaté, Lokua Kanza et Yemi Aladé.
Plus de 20 000 personnes attendues
Pour l’heure, devant elle, quelques hommes égalisent encore à la machette la pelouse sous des nuages d’orage. La tribune VIP a été montée, et deux espaces ont été délimités pour se désaltérer sous d’innombrables fanions et publicités de sponsors. Les journalistes et les chanteurs sont logés dans les préfabriqués bleu et jaune vif, flambants neufs, bâtis dans la même enceinte de l’INJS pour les Jeux de la francophonie l’année passée, face à la lagune.
Des grands écrans installés pour retransmettre en direct les concerts
« À l’INJS, nous pourrons accueillir plus de 20 000 spectateurs », affirme un membre de l’organisation, qui mise sur des grands écrans retransmettant en direct les concerts pour permettre à tous de profiter du spectacle. Mais pour l’heure, face au stade vide près duquel déambulent des grappes de policiers, sans les effluves du poulet braisé, les gamins qui se chamaillent de retour de l’école, les mamans qui vendent des babioles au pas de leurs portes, difficile de retrouver le souffle unique et familier du festival populaire.
« Sans Anoumabo, le Femua n’est plus le Femua ! »
Le déménagement, pourtant, semblait inéluctable. Le bitumage de la rue principale d’Anoumabo aurait compliqué cette année la manifestation. Surtout, l’année dernière, des mouvements de foules avaient failli provoquer l’annulation des concerts. Réalisé au départ avec des stars locales devant un public local, le Femua, en attirant les foules, est finalement victime de son succès.
A’Salfo nous a promis que le Femua reviendrait chez nous rapidement
La chefferie du village veut néanmoins rester optimiste. « Le directeur du festival, A’Salfo, nous a promis que le Femua reviendrait chez nous rapidement, souligne Danho Daké, porte-parole de la chefferie. Sans Anoumabo, le Femua n’est plus le Femua ! » A’Salfo, le leader du groupe Magic System, de son vrai nom Salif Traoré, a déjà beaucoup donné à ce quartier populaire où il a grandi. En y construisant par le biais du festival une école, en multipliant les dons aux hôpitaux, « mais surtout en donnant au village une reconnaissance planétaire », note Danho Daké, qui voit mal l’enfant du quartier abandonner les siens.
Pour autant, l’événement – parrainé cette année par le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly -, a pris une envergure difficilement conciliable avec l’esprit de village et la structuration du quartier. Cette année, une deuxième scène est installée à Korhogo, à plus de 630 kilomètres d’Abidjan. En 2016 déjà, le Femua devait passer par cette grande ville du nord, mais la mort de Papa Wemba avait tragiquement mis fin prématurément aux festivités.
A’Salfo avait promis qu’il reviendrait pour une prochaine édition. Dont acte. À ce propos, lors d’un précédent entretien, le directeur du Femua nous avait glissé : « Si nous réussissons à organiser des concerts aussi loin… cela signifie que nous pourrons plus tard faire des choses dans n’importe quelle ville du pays ! » En espérant que le festival n’y perde pas son ancrage et son âme.

Par Léo Pajon