mercredi, novembre 7th, 2018

 

Guinée : Emmerson Mnangagwa effectue la première visite d’État d’un président zimbabwéen

Du lundi 5 au mercredi 7 novembre, Emmerson Mnangagwa a effectué la première visite en Guinée d’un chef d’État zimbabwéen. Une opération séduction qui vise à relancer la coopération entre Conakry et Harare, en commençant par supprimer certaines catégories de visa.

Si Robert Mugabe a déjà séjourné en Guinée – il avait du mal à s’accommoder de la cuisine guinéenne, la trouvant « assez pimentée », se souvient même avec un brin d’humour Alpha Condé – c’était à l’époque où il n’était que leader du mouvement de libération de la Rhodésie du sud [actuel Zimbabwe]. Jamais, donc, un président zimbabwéen en exercice n’avait encore foulé le sol guinéen.

« La Guinée a toujours été un pays de panafricanisme. Nous sommes toujours fiers d’accueillir nos frères africains », a lancé mardi soir le président Condé, lors d’un banquet offert à son homologue zimbabwéen, arrivé la veille à Conakry.

Exemption réciproque de visa

Plus tôt dans la journée, Alpha Condé s’était rendu avec son invité sur le site des barrages hydroélectriques de Kaléta – 240 MW, inauguré en septembre 2015 – et de Souapiti – 450 MW, en chantier avancé – , tous deux situés à 150 km au nord-est de Conakry. Les deux hommes veulent renforcer la coopération dans divers secteurs, afin de réactiver une relation bilatérale en berne.

Le Zimbabwe a fait d’énormes progrès dans les secteurs de l’élevage et de l’agriculture

« Le président m’avait envoyé il y a quelques mois à Harare pour explorer les possibilités de renforcement de la coopération, avec à la clé une invitation pour son homologue zimbabwéen, raconte Mamadi Touré, le ministre guinéen des Affaires étrangères. Malgré les sanctions qui ont été imposées au Zimbabwe, le pays a fait d’énormes progrès dans les secteurs de l’élevage et de l’agriculture. Lors de mon séjour à Harare, le président m’a fait visiter une ferme agropastorale très impressionnante », confie le diplomate.

La visite d’État a débouché sur la signature, par le ministre guinéen des Affaires étrangères et le titulaire des portefeuilles zimbabwéens de l’Intérieur et de la Culture, Cain Mathema, d’un partenariat sur l’exemption réciproque de visa pour les détenteurs de passeport diplomatique ou de service. Le déplacement d’Emmerson Mnangagwa a également abouti à la conclusion d’accords en vue de créer une commission mixte, mais aussi d’instituer des consultations diplomatiques régulières afin d’explorer les autres domaines de coopération entre les deux pays.

Unité africaine face aux « populismes »

Les deux chefs d’État ont exprimé leur adhésion à l’accord de Paris sur le climat, ainsi qu’aux valeurs panafricaines. « Face à certaines prises de position inquiétantes, notre unité devient plus nécessaire aujourd’hui qu’hier. Les régimes populistes sont en train de s’installer en Europe, mais aussi plus récemment au Brésil. Ils tiennent un langage méprisant vis-à-vis des Noirs et des Africains en général. Quelle honte pour nous, les chefs d’Etat africains, de voir nos enfants traités comme des bêtes à l’étranger ! Nous devons nous donner la main et nous battre pour que l’Afrique soit unie », a plaidé Alpha Condé. L’ex-président de l’Union africaine (2017-2018) a appelé à casser les barrières linguistiques, rappelant qu’ » il n’y a qu’une seule Afrique ».

Par


[Tribune] Laurent Gbagbo : la dignité d’un procès

Entamé en 2016, le procès de Laurent Gbagbo devant le tribunal de la Cour pénale internationale qui reprend le 13 novembre constitue un enjeu majeur, à la fois pour le maintien de la concorde en Côte d’Ivoire mais également pour la légitimité et la crédibilité de la CPI.

Soyons parfaitement clairs : nous ne savons pas aujourd’hui si l’ancien président de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, emprisonné depuis avril 2011 et transféré à La Haye en novembre 2011, est coupable des crimes contre l’humanité dont on le soupçonne et il n’appartient qu’à une juridiction indépendante d’en juger.

La procédure devant la Cour pénale internationale (CPI) semble s’éterniser et, compte tenu de sa complexité, nous ne sommes pas près d’en voir la fin. Après que, au début de l’année 2017, quatre dirigeants africains avaient demandé sa libération, ses avocats ont demandé son acquittement en mai dernier en invoquant l’absence de preuves incontestables et solides et des témoignages surtout à décharge.

Ce procès sensible est d’un enjeu capital qui dépasse la personne de l’ancien dirigeant ivoirien

Une décision pourrait être rendue en décembre au plus tôt par la Cour sur la base des éléments à charge et à décharge dont les juges pourraient bénéficier. L’ancien chef d’Etat ivoirien est d’ailleurs dans le box des accusés en même temps que Charles Blé Goudé, son ancien ministre de la Jeunesse. Le procès, entamé en 2016, a été suspendu le 3 octobre 2018 et devrait reprendre le 13 novembre.

Ce procès sensible est d’un enjeu capital qui dépasse la personne de l’ancien dirigeant ivoirien car il est directement issu du changement politique qui a eu lieu en Côte d’Ivoire avec l’élection d’Alassane Ouattara en décembre 2010.

Pour certains, il est le fruit d’une justice politique, donc partiale. Les autorités actuelles et les anciens partisans de Laurent Gbagbo continuent de s’affronter verbalement.

Depuis le début, ce procès déclenche des prises de position passionnées sur le rôle de la justice en Afrique, bien au-delà du seul cas ivoirien, plusieurs États, mais aussi des forces d’opposition, étant suspectées de crimes de guerre ou contre l’humanité.

Il est aussi déterminant parce qu’il met directement en question, comme nous l’avions déjà analysé, le rôle d’une CPI dont plusieurs États, notamment africains, se sont retirés ou qu’ils ne reconnaissent pas depuis l’origine, voire sa légitimité même, à une période où les crimes de guerre ou contre l’humanité dans de nombreux pays – notamment Syrie, Birmanie, Yémen, Irak, potentiellement Fédération de Russie – devraient lui donner une crédibilité irréprochable pour pouvoir en juger.

Le déni de justice que serait un acquittement sans véritable jugement au fond aurait des conséquences ravageuses pour la justice internationale

Dès lors, quelle que soit la décision finale de la CPI, acquittement ou condamnation, elle devra être fondée sur des faits avérés qui ne laissent aucune place au doute, à l’approximation ou à la partialité. Si condamnation il y a, l’ensemble des incriminations devra être démontré ; si les juges décident l’acquittement, il sera nécessaire que les preuves de l’innocence de l’accusé soient aussi probantes.

On mesure la difficulté du travail des juges huit ans après les faits alors que les éléments documentés sont moins nombreux que pour les crimes commis par le régime Assad et ses alliés en Syrie, sans parler de ceux des djihadistes de Daech.

Certes, on peut comprendre l’impatience des partisans de l’ancien président après plus de sept ans de détention, mais dans l’hypothèse d’une culpabilité – des éléments concordants et non des ouï-dire ont, il faut le rappeler, conduit à son inculpation par la chambre préliminaire de la CPI – le déni de justice que serait un acquittement sans véritable jugement au fond aurait des conséquences ravageuses pour la justice internationale. Les avocats de l’État ivoirien soulignent d’ailleurs que cette demande d’acquittement retarde une procédure déjà trop longue.

Avec le cas Gbagbo, la CPI joue gros

On retrouve là l’un des dilemmes classiques de la justice pénale : la question de la certitude. Il est encore plus fort pour une juridiction qui n’a pas été en mesure de juger certains grands criminels de guerre en raison d’obstacles de procédure et surtout de non-coopération d’États de premier plan.

Ce dilemme s’énonce ainsi. Pour qu’il y ait condamnation, il faut que toutes les charges soient démontrées, sinon elle apparaîtra comme une erreur judiciaire lourde de conséquences. Si l’acquittement est prononcé, il doit également être fondé en raison et en droit et non pas être le résultat implicite d’une lassitude.

Avec le cas Gbagbo, la CPI joue gros. Une éventuelle condamnation devra dissiper l’accusation d’une justice politique – celle des vainqueurs, fussent-ils démocratiquement élus, et un acquittement devra lever tout doute sur la culpabilité. L’acquittement en appel de l’ancien chef de guerre congolais, Jean-Pierre Bemba, qui avait été condamné en première instance à dix-huit ans de prison, a laissé des traces auprès de plusieurs ONG défendant les droits de l’homme.

Un acquittement par défaut laisserait un goût amer et signifierait que la justice n’a pas été rendue

Le second dilemme, tout aussi classique, est celui qui entoure la présomption d’innocence. Elle s’applique évidemment à Laurent Gbagbo comme à tout autre prévenu. Ni l’opinion ni la presse ne peuvent juger un homme et laisser planer une quelconque présomption de culpabilité. C’est pourtant sur une telle base implicite qu’une personne peut être détenue de manière préventive et déférée à une Cour.

Par définition, un non-lieu en fin de procédure de jugement entraîne toujours, qu’on le veuille ou non, un effondrement des bases initiales de la détention préventive et porte un discrédit sur l’institution, alors qu’une condamnation consacre le bien-fondé des procédures initiales.

Dans le cas Gbagbo, après sept ans, il est à l’évidence temps qu’un jugement puisse être rendu dans la sérénité. Un acquittement par défaut laisserait un goût amer et signifierait que la justice n’a pas été rendue. Une telle décision pourrait nuire aux procédures futures que la Cour pourrait lancer. Qu’elle condamne ou innocente, une justice pleine et entière doit être rendue. Il faut souhaiter que la CPI relève ce défi vital non seulement pour elle, mais pour la justice internationale dans son principe même.

Par Nicolas Tenzer

Directeur de la revue Le Banquet, président du Centre d’étude et de réflexion pour l’action politique (CERAP), Nicolas Tenzer est spécialiste des questions géostratégiques et de l’analyse des risques politiques.


Douanes / Les correspondants nationaux des BRLR-AOC en conclave à Conakry

La 9ème réunion conjointe annuelle des correspondants nationaux des Bureaux Régionaux de Liaison chargés du Renseignement pour l’Afrique Occidentale et Centrale (BRLR-AOC) a ouvert ses portes à Conakry, ce mercredi 7 novembre 2018. Placée sous le thème « La place du renseignement dans la sécurité de l’environnement commercial », la cérémonie d’ouverture de cette rencontre qui s’étendra jusqu’au 9 novembre prochain, a été présidée le directeur général des douanes de Guinée et vice-président de la région OMD-AOC, le général Toumany Sangaré.

Prenant la parole, le responsable du BRLR-AO, Samba Thiam, a fait savoir que cette réunion constitue un moment privilégié dans la vie des BRLR car, dit-il, elle permet d’une part, de discuter des grands dossiers de coopération relatifs au renseignement douanier, notamment dans le domaine de la fraude commerciale, du trafic de drogue, de la contrebande des devises, du blanchiment d’argent, de la contrefaçon, de la sécurité, et d’autre part, elle permet de raffermir les liens existant entre les différents correspondants nationaux.

En effet, le sieur Samba Thiam a souligné que le thème « La place du renseignement dans la sécurité de l’environnement commercial » a été choisi conformément aux orientations de l’Organisation mondiale des douanes (OMD). Avant d’ajouter : « Cette thématique permettra au cours de cette réunion, de se pencher sur les voies et moyens pour une implication plus prononcée des correspondants nationaux dans le dispositif de lutte contre l’insécurité, eu égard au fait que le continent africain est actuellement “agressé” par des fléaux multiformes et diversifiés relatifs notamment au grand banditisme, au trafic de drogue, à la contrefaçon, aux faux médicaments et à la circulation illégale des armes ».

De son coté, le DG des douanes de Guinée, le général Toumany Sangaré, précisera que les travaux de cette rencontre porteront entre autres sur : l’examen du niveau d’approbation à l’échelon régional des instruments de l’OMD dédiés à la lutte contre la fraude ; les résultats obtenus par chaque administration ; le développement des nouveaux outils de coopération régionale et les évolutions du CEN…

« Parmi les multiples défis qui interpellent nos administrations, la lutte contre le terrorisme et son financement, la criminalité transfrontalière, la drogue, la gestion du risque et le renseignement occupent une place prépondérante, si ce n’est d’ailleurs la source principale de tout succès en matière de lutte contre la fraude sous toutes ses formes », a-t-il  rappelé.

Et de poursuivre : « J’ose croire que cette rencontre vous permettra de passer en revue toutes ces questions et de formuler des recommandations pertinentes. Il convient de préciser que la montée en puissance de la criminalité généralisée nous impose d’aller vers des outils innovants en matière de renseignement, mais aussi et surtout vers le renforcement des échanges de renseignements et de la coopération ».

À noter que pour cette première journée, sur les 23 administrations douanières de la région OMD-AOC, 11 ont répondu présent.

Mohamed Soumah


Journée ville de l’opposition : des heurts signalés sur la route le prince.

Très tôt ce matin des jeunes acquis à la cause de l’Opposition sont sortis pour perturber la circulation sur la route le prince. Le long de la route le prince, on aperçoit un nuage de fumée dû à la carbonisation des pneus usagés. La circulation est complètement rompue, les boutiques, magasins et autres échoppes ont baissé les stores. Les jeunes maîtres des lieux dictent leur loi aux automobilistes obligés de rebrousser chemin sans aucune explication.

À Cosa, des échauffourées ont éclaté entre les jeunes et les agents des forces de d’ordre déployés pour le maintien d’ordre. Au cours des accrochages, un jeune coiffeur a pris une balle dans la jambe et fut évacué d’urgence à la clinique de Docteur Taïbata pour les premiers soins. Selon ses proches son état ne suscite pas d’inquiétudes.

À l’occasion de chaque journée ville morte et manifestations politiques des, vies sont arrachées, des pillages déplorés, des manifestants blessés. L’Opposition, sous la houlette de Cellou Dalein DIALLO, s’est engagée dans une épreuve de force pour contraindre le Gouvernement à mettre de d’ordre dans le processus d’installation des exécutifs communaux.

BARRY Mamadou pour www.Kenenyi.com

 


Guinée : Grève du SLECG : Mais on est où là ??? (Opinion)

Comprenons bien les grévistes du SLECG et ceux qui les soutiennent. Premièrement : ces syndicalistes ont le droit de grever. Deuxièmement : on ne doit pas les licencier. Troisièmement : on ne peut pas les réquisitionner. Quatrièmement : on ne doit pas les remplacer par des contractuels. Cinquièmement : on doit continuer à payer leur salaire. Mais on est où là ?

L’Etat, quant à lui n’a qu’une seule option : accepter leurs revendications. Après avoir augmenté de près de 200% les salaires des enseignants, après avoir augmenté toutes leurs primes (primes de zone, de craie, de préparation, de documentation, etc.), après leur avoir donné une nouvelle grille salariale, après avoir annulé des décrets de nomination émanant du Président de la République lui-même, après avoir annulé des poursuites judiciaires pour grève illégale, après avoir obtenu le départ des Ministres du Travail et de l’Éducation Nationale (et peut-être même de celui du Budget), après avoir recruté sans concours tous les contractuels de l’Éducation ; le Gouvernement devrait céder une fois de plus aux revendications de Aboubacar Soumah et du SLECG ! Mais, on est où là ?

Tenez-vous bien, on parle comme ça du service public de l’Éducation Nationale ! Et on fait comment après avec les fonctionnaires de la Santé, de la Police, de la Douane, de l’Administration du Territoire, etc. ?

Certes, l’article 15 du Statut des fonctionnaires garanti le droit de grève aux fonctionnaires. Cependant le même article précise que ce droit doit être exercé conformément aux lois et règlements en vigueur et l’article 70 est encore plus clair : « Tout fonctionnaire a droit, après service fait, à une rémunération … ».  Le simple fait que ces grévistes osent demander à être payés alors qu’ils ne travaillent pas démontre toute l’irresponsabilité des ces syndicalistes et de ceux qui les soutiennent.

Ce qui se passe est un véritable défi pour la gouvernance en Guinée. Et pas seulement pour ce régime.

L’État ne peut plus continuer à accepter des revendications intempestives et fallacieuses sous forme de chantage à la grève ou à la violence. Ceux qui soutiennent cette manière de faire n’ont jamais eu la responsabilité de diriger une entreprise ou une structure avec des salariés et encore moins un État.

En France, pays des droits de l’homme et des libertés publiques par excellence, le Conseil d’Etat a déjà jugé que le Gouvernement pouvait utiliser son pouvoir de réquisition dans le cas où la grève serait de nature à « porter une atteinte suffisamment grave soit à la continuité du service public, soit à la satisfaction des besoins de la population » (Conseil d’État, 24 février 1961). Ce principe est une constante dans tous les pays. Il n’y a qu’en Guinée où un secteur aussi sensible et stratégique que l’Éducation peut être dépendant d’événements aussi irrationnels et soumis à la merci d’acteurs aussi irresponsables.

L’enseignement est un droit fondamental. Non seulement l’État a le droit de recruter des contractuels pour remplacer les grévistes du secteur éducatif, il a également le droit de suspendre leurs salaires. Il devrait avoir aussi le droit de réquisitionner les grévistes et le droit de les licencier en cas de refus. Si cela n’existe pas dans notre droit positif, il est grand temps de l’y insérer. Sinon  on va où là ?

Ahmed Camara / Berlin


Guinée/Attention à “l’usure du pouvoir”, gage d’instabilité et de Mauvaise Gouvernance (Amadou Saikou Diallo)

Selon la Déclaration Universelle sur la Démocratie, la démocratie est universellement reconnue comme un idéal et un but ; elle est basée sur des valeurs communes partagées par les peuples du monde malgré leurs différences culturelles, politiques, sociales et économiques.

Cette définition claire entraîne pourtant des confusions, dans la pratique et dans les analyses, puisque ce concept désigne trois faits différents que mêlent les uns pour des raisons politiques et les autres par soucis de performance scientifique :

  1. la démocratie comme processus implique les mécanismes, les procédures et les formalités de l’organisation politique aux élections ;

2.la démocratie comme un état implique une société civile et sa gouvernance ; et

  1. la démocratie comme un résultat découle d’un état ou est un produit du processus démocratique en soi.

Nous le savons tous, développer la démocratie dans le monde, est une injonction de la Communauté internationale et une exigence de la bonne gouvernance. Or chez nous en Guinée, les relations complexes entretenues entre opposition et pouvoir d’une part et d’autre part, entre les différentes communautés ethniques, nécessitent un compromis gagnant-gagnant sur le pouvoir. Or, depuis l’instauration de la démocratie en Guinée, de nombreux conflits civils à connotation politico-ethniques naissent dans le pays, mettant ainsi en panne le fonctionnement démocratique.

En Guinée aujourd’hui, il nous faut distinguer deux catégories, celle qui œuvre pour que la démocratie s’enracine progressivement, et l’autre, tenue par les promoteurs de la mauvaise gouvernance, de la violence politique, de l’instrumentalisation ethnique et autre présidence à vie. C’est cette deuxième catégorie qui nous intéresse dans ce qui suit :

Les  derniers évènements dans la préfecture de Lola au sud du pays, ne doivent pas nous laisser indifférent, les guinéens  ne cessent de se découvrir, en effet, après Siguiri(Doko,  Kintinia…) considérés comme havre de paix, lieux très convoité, où de nombreux étrangers  et nationaux trouvaient leur vie  en toute quiétude qui avaient, enfin, brisé  l’image de la stabilité, aujourd’hui  la grande ville de Kindia qui était jadis considérée  comme havre de paix, la question de l’instrumentalisation ethnique, qui est une conséquence de la démocratie mal intégrée, risque de faire basculer Kindia dans un cycle de violence entre communautés qui vivaient dans une parfaite entente si jamais on ne prend pas les choses au sérieux  pour maintenir la cohésion habituelle.

Et pourtant, le principe de la démocratie est simple, le pouvoir d’un dirigeant ne serait qu’un pouvoir délégué par le peuple souverain, dans ce sens, le pouvoir devrait prendre l’apparence d’un pouvoir sans domination et sans écrasement du peuple souverain, le respect de la reconnaissance du peuple souverain est un des fondements des libertés du peuple. Le pouvoir perd ainsi son autonomie et dépend du peuple. En finalité, l’avantage de la démocratie permet à une compétition démocratique et honnête, dont, il sortira de l’émulation (vote) dû au peuple souverain, le moins mauvais qui assurera la destinée nationale.

En Guinée aujourd’hui, ce principe élémentaire a laissé la place à la manipulation des communautés par le biais de l’ethno-stratégie, des arrangements politiques en contournant nos lois en dehors de tout cadre constitutionnel, à la corruption des consciences des opposants qui n’ont pas de moyens suffisants d’existence et par les modifications des résultats. Ainsi l’honneur laisse la place au déshonneur. Résultat, la crise de confiance en politique prend effet en même temps que le déficit démocratique.
Ce déficit démocratique, à l’approche des élections, conduit, toujours, à une prudence de l’opposition, et efface l’espoir ou l’optimisme des citoyens de la démocratie, et la valeur de la paix se trouve écarter, et pourtant, la paix est la valeur consensuelle et contractive entre deux forces.

Deux constats se distinguent dans notre pays :

  • L’opposition est traquée, intimidée par le pouvoir et devient résignée, la presse est presque muselée, les institutions et la société civile affaiblies, le pouvoir politique n’a plus de contre poids. Dans un tel contexte la démocratie est confisquée, et toutes les atteintes sont possibles (droits de l’homme, Impunités, corruption, fraude).
  • L’opposition et la société civile présentent une force socio-politique incontournable qui devrait être capable de contribuer à la recomposition du paysage politique et le manque du respect du jeu démocratique peut créer des forces sociales et populaire incontrôlées d’où l’explosion de la violence et des troubles politico-ethniques.
    On a tous compris si les choses continuent de cette manière, l’alternance démocratique cédera sans doute sa place à la présidence à vie, dont la conséquence sera l’usure du pouvoir.

L’usure du pouvoir se caractérise par la perte du contact avec la réalité, et se traduit le plus souvent par une perte de légitimité vis à vis des citoyens. Un pouvoir usé ne s’en rend pas compte de son bilan catastrophique, généralement, il se fond sur des jugements insensés et la fuite en avant devient l’ultime bataille.
Or, gouverner un pays, nécessite la crédibilité et la légitimité populaire, c’est ainsi, nous pouvons constater, par exemple, au Ghana et au Bénin, les Présidents: John Dramani Mahama et Thomas Boni Yayi, se sont résignés au verdict populaire sur l’usure, c’est pourquoi, ils avaient jugé nécessaire de ne pas briguer un autre mandat, malgré leurs appréciables bilans.

La longévité du pouvoir, l’articulation des différents comportements autour du pouvoir, les ambiguïtés qui existent parfois dans les discours, témoignent résolument, de la complexité des pouvoirs politiques usés et l’analyse autour de leur personnage décrit, généralement, des hommes d’état qui deviennent progressivement monarques.
Le constat ailleurs en Afrique, pour la plupart des pays qui ont maintenu ces genres de pratiques, ce rêve de pouvoir illimité a maintenu les anciens rapports sociaux du monopartisme, entrainant, ainsi, à l’illusion d’un pouvoir politique héréditaire et l’illusion de nation démocratique.

Il se passe, donc, dans ces pays un conflit entre « l’ordre ancien », qui puisait ses excuses, dans les sociétés traditionnelles, où le pouvoir est absolu, non partagé et non critiqué, et « le nouvel ordre » qui est l’aventure dans le temps et l’espace et les libertés fondamentales en utilisant les moyens modernes que nous offrent les nouvelles technologies.
De ce conflit, naissent de l’instabilité qui a pour principal objectif, de briser le monopole du pouvoir détenu, injustement, par un Clan, et de mettre fin à l’usure du pouvoir. Aujourd’hui la   démocratie a été acceptée dans tous les pays africains, et dans ces nouvelles luttes contre les pouvoirs usés, des Chef d’états ont préféré lâcher de lest, sous la pression de la rue, pour préserver leur vie et celle de leur progéniture, c’est le cas du Burkina Faso, de la Centre Afrique et d’autres.

Néanmoins, il existe, encore, dans le continent, plusieurs foyers de pouvoirs usés, où les nouvelles luttes n’ont pas, encore, crée de forces centripètes et coercitives, pour permettre l’éclosion de l’alternance. Ces foyers de pouvoirs usés sont des foyers de tensions futures, allant du compromis sur l’organisation des élections aux compromis des résultats des élections.
On a tous compris un régime s’use dans le temps, pour permettre au mieux l’alternance des régimes usés, qui ont l’illusion du pouvoir à vie, il convient de limiter les mandats présidentiels et de faire la promotion de bonnes pratiques démocratiques.
Par ailleurs, les états africains en proie au bon fonctionnement de la démocratie, et qui respectent, la limitation aux mandats présidentiels, ont pu organiser les élections avec moins de fraudes possibles.
Tous les états africains qui ont dérogé à cette règle, par des modifications constitutionnelles, par les Dictateurs et par leurs assemblées croupions, sont en proie, à des violences politiques interminables et qui durent dans le temps,

En somme, la limitation à deux mandats présidentiels non renouvelables, la démocratisation véritable, la promotion de la paix et de la cohésion sociale, la bonne gouvernance, demeurent, les seuls moyens de répondre aux alternances, aux usures de pouvoir et permet de faire vivre la démocratie. Tous les pays, engagés dans cette voie, sont engagés sur le chemin de la paix et pendant très longtemps. Il ne reste, donc qu’aux états dirigés par les dictateurs qui se réclament pour la paix, de suivre cet exemple, qui est un gage de paix et de bonne gouvernance, ainsi, ils montreront leurs volontés pour la paix et de la bonne gouvernance.

Les questions qui se posent à nous guinéens aujourd’hui sont :

Comment apprécions-nous, la notion de cohésion nationale ? Quelle stratégie pour renforcer et imposer cette cohésion nationale afin que vive une   stabilité socio-politique et impulser un développement durable ?

Le débat est ouvert. Que Dieu sauve notre cher pays La Guinée. Amen!

Amadou Saikou DialloWashington, D.C.