Conférence internationale sur le sida: l’inquiétude plane sur les financements

Ce lundi 23 juillet 2018 s’ouvre la 22e conférence internationale sur le sida. Environ 15 000 participants sont attendus pendant une semaine à Amsterdam, aux Pays-Bas. Des scientifiques, des militants, des associations, des responsables politiques… Objectif, présenter les résultats des dernières recherches et faire le point sur la lutte contre l’épidémie. Mais l’édition 2018 s’ouvre dans un enthousiasme mitigé.

Il y a d’un côté les raisons de se réjouir et des victoires incontestables dans la lutte contre l’épidémie de VIH/sida. Jamais autant de personnes malades n’ont eu accès aux traitements, et les indicateurs sont globalement au vert. Mais d’un autre côté, les observateurs craignent que ces succès entraînent un certain relâchement dans d’autres domaines, comme la prévention. Comme si la partie était déjà gagnée dans la tête de certains.

« 90-90-90 »

L’objectif principal à moyen terme, ce sont les « 90-90-90 ». A horizon 2020, 90% des personnes malades doivent être dépistées. Parmi elles, 90% doivent être traitées. Et enfin, 90% de ces dernières doivent pouvoir contrôler la maladie. On progresse depuis des années vers cet objectif. Mais à deux ans de l’échéance, cette progression est moins rapide.

« On est à peu près à mi-parcours depuis le moment où cet objectif a été assigné », explique François Dabis, patron de l’ANRS, l’Agence française de recherche contre le sida. « Néanmoins, on est encore loin du compte. Surtout, les projections laissent à penser qu’il sera très difficile de l’atteindre dans les délais escomptés. »

Pour François Dabis, cela s’explique par une situation très inégale selon les régions du monde. L’Afrique de l’Ouest et centrale, l’Europe de l’Est, l’Asie centrale sont autant de régions où l’épidémie fait de la résistance. « Ce qui bloque le plus souvent, c’est la méconnaissance du statut du VIH. On n’a pas assez dépisté, et on ne peut donc pas traiter suffisamment d’individus », poursuit le chercheur.

Une situation d’autant plus frustrante que l’on estime probable la fin de l’épidémie à moyen terme. A condition que l’on s’en donne les moyens. Mais cela n’a pas l’air d’en prendre la direction. « Ce qui manque aujourd’hui, c’est un leadership politique », avance Aurélien Beaucamp, président de l’association AIDES. « Et cela passe par une véritable volonté d’augmenter les financements internationaux, avec en priorité l’augmentation du Fonds mondial. Cet outil a montré son efficacité depuis 16 ans. »

Malheureusement, la dotation de ce fonds stagne. « On a l’impression d’être dans une certaine complaisance, comme si les gens se disaient qu’on avait tellement donné d’argent, et qu’il faut arrêter maintenant. L’épidémie, en attendant, elle continue. » Près d’un million de morts en 2017, il faut le rappeler, le sida tue toujours. D’où l’importance de maintenir l’effort, et de mettre l’accent sur cette question du financement, qui sera dans tous les esprits à Amsterdam à l’occasion de ce 22e congrès international sur le sida.

Loin du compte

Quelques jours avant son coup d’envoi, l’Onusida annonçait un manque de 7 milliards de dollars par an pour parvenir aux objectifs de 2020. Il ne faudra cependant pas s’attendre à des annonces durant ce congrès, même si l’on en parlera beaucoup. Le financement, ce sera l’objet d’un autre rendez-vous, la conférence de reconstitution du Fonds mondial, qui aura lieu dans plus d’un an, fin 2019, en France.

Il ne faudra cependant pas bouder ce 22e congrès pour autant. On s’attend notamment à plusieurs annonces de résultats scientifiques sur de très nombreux thèmes, qu’il s’agisse de prévention, de traitement, ou de recherche fondamentale. La société civile joue également un rôle très important dans ce genre de rassemblement.

Le premier temps fort de ce congrès a ainsi eu lieu avant même son ouverture, avec la pré-conférence ce dimanche 22 juillet de la campagne U=U, undetectable=untransmitible. « U=U, ça veut dire qu’une personne qui vit avec le sida et qui est sous traitement supprime tellement le virus dans son sang qu’on ne peut pas le repérer avec des tests : il est indétectable », explique Bruce Richman, de la Prevention Access Campagn, à l’origine de cet événement.

« Dans ce sas, la personne est non seulement en bonne santé, mais elle ne pourra pas transmettre le VIH à ses partenaires sexuels. Indétectable=Intransmissible (en français, Ndlr), c’est un fait prouvé par la science. Les plus grands esprits de la science, les plus grandes organisations médicales le certifient. »

Et de fait, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centers for Disease Control (CDC) américain ont récemment pris position pour la promotion du U=U, alors que les premiers indices scientifiques datent des années 2000. Les associations espèrent ainsi utiliser cette conférence pour faire écho à des messages comme celui-ci, encore trop méconnus du grand public, alors qu’ils pourraient faire beaucoup contre la stigmatisation dont sont encore souvent victimes les personnes malades.

Par Simon Rozé






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