Croissance économique et amélioration durable des conditions de vie des populations africaines: l’Afrique et la Guinée doivent encore mieux faire !

La célèbre fondation portant le nom du milliardaire d’origine soudanaise Mo Ibrahim,  a rendu public le 29 octobre dernier, son rapport relatif à l’index sur la gouvernance en Afrique.

Cette fondation s’est rendue célèbre grâce á la récompense offerte aux anciens chefs d’Etat du continent qui ont su quitter le pouvoir dans le respect de la constitution et pendant qu’ils ou elles y étaient, se sont illustrés par un exercice intègre de la fonction suprême. Ellen Johnson Sirleaf, l’ancienne présidente du Libéria, est la dernière lauréate du prix en 2017.

Il s’agit de 5 millions de dollars américains sur 10 ans et 200 mille dollars américains par an et à vie. Naturellement, de telles dispositions ont été pensées pour inciter les chefs d’Etat à gouverner en toute intégrité et espérer, en retour, jouir d’une retraite confortable.

Revenons au sujet de la chronique, à savoir les enseignements du rapport relatif à l’indice de la gouvernance en Afrique.

L’objectif de ce rapport est de disposer d’un moyen indépendant pour mesurer la Gouvernance Africaine. «Cet outil n’a pas l’intention de critiquer les gouvernements: il s’agit d’un exercice dont l’ambition est d’aider à faire progresser la conversation sur les questions de gouvernance, d’évaluer les tendances actuelles et émergentes, d’identifier les zones d’amélioration ainsi que de mettre en lumière et d’apprendre des grands succès en la matière.»

Cet index va au-delà du simple classement. Le rapport de 2018 mesure la performance sur 10 ans parmi 4 catégories. A l’intérieur de ces 4 catégories (sécurité et respect de la loi, participation et droits de l’homme, Opportunités économiques durables, Développement humain), il y a des évaluations séparées mesurant la performance des 54 États africains.

D’emblée, le premier enseignement que l’on en retire et qui n’est pas nouveau, c’est le fait que la croissance économique ne se traduit pas automatiquement par l’amélioration durable des conditions de vie des citoyens des pays africains.

La création d’opportunités économiques durables demeure un défi

Dans son rapport, la fondation Mo Ibrahim compare la croissance du PIB du continent à la tendance relative aux opportunités économiques durables. Au regard des chiffres fournis, on constate qu’en moyenne, la tendance relative aux opportunités économiques durables a cru de 0.1% pour se placer à 0.2% alors que le PIB continental s’est accru d’environ 40%  et ce depuis 2008.

On constate donc combien l’Afrique n’a pas été en mesure de créer des opportunités économiques durables pour ses filles et ses fils en dépit de résultats encourageants en matière de croissance.

Il n’y a pas de corrélation forte entre la taille de l’économie des Etats représentée par leur PIB et leur performance en matière d’opportunités économiques durables.

En effet, parmi les  10 premiers pays ayant la plus forte croissance économique en 2017, le Nigeria, numéro 1 (375.7 Milliards de $US) occupe le 29ème rang dans le classement des Opportunités Économiques Durables.

En revanche, le Lesotho qui occupe la tête des 10 pays ayant le plus faible taux de croissance en Afrique en 2017, obtient le 26ème rang en matière de création d’opportunités économiques durables.

La Gouvernance du continent ne croit pas au même rythme que la démographie et les attentes des jeunes

Cet indicateur est d’autant plus important que l’on sait les efforts entrepris par des pays comme la Guinée, en matière d’amélioration de la gouvernance en particulier celle relative au climat des affaires. En effet depuis 2013, le classement de la Guinée au titre de l`indicateur «doing business » de la Banque Mondiale, s’est amélioré de 28 places  au 152ème/190.

Selon le rapport de la Mo Ibrahim Foundation, la trajectoire du score moyen de l’environnement des affaires s’est détériorée d’environ -5.0 points sur les 10 dernières années. Cette dégradation selon le rapport est d’autant plus préoccupante qu’il est prévu que le nombre de jeunes africains en âge de travailler (15-64 ans) augmente d’environ 30% sur les 10 prochaines années.

Il y a lieu de s’inquiéter dans la mesure où les Etats africains risquent de ne pas pouvoir fournir un emploi à ces jeunes. C’est donc un facteur de risque très important à considérer.

Des progrès structurels enregistrés en matière de développement humain

Les progrès du continent dans l’amélioration du développement humain des africains est mesuré par 3 éléments. Ces éléments évaluent si les gouvernements prennent des mesures de mitigation et d’élimination de la pauvreté, d’amélioration en matière d’éducation et de santé. En d’autres termes, nous avons les 3 sous-catégories sont : Bien-être ; Éducation, Santé.

L’indice de développement humain mesuré ici a connu une progression de +3.5 points par rapport aux 10 dernières années. C’est la seule catégorie des 4 dans ce rapport qui a connu une progression constante de son score moyen tous les ans sur les 10 dernières années.

Les gains en matière de développement humain ont été obtenus dans 42 pays africains sur les 10 dernières années, abritant 86.6% de la population du continent.  Dans 15 d’entre eux, la tendance a été à l’accroissement.

51.2% des africains vivent dans un de ces pays où le progrès s’est nettement illustré.

Les progrès en matière de santé sont la locomotive de l’indice du développement humain. La santé est la sous-catégorie qui a connu le meilleur progrès bien que ce dernier ait connu un ralentissement sur les 5 dernières années de la période de 10 ans.  Le score moyen pour la santé qui  affiche 67.8 s’est accru de +7.6% depuis 2008.

Des pays comme le Burkina Faso (et le Sénégal) sont les 2 pays qui ont amélioré substantiellement chaque année, leur score sur les 10 ans. Ce pays a connu une progression de +20 sur les 10 and +12.1 sur les 5 dernières années de la période. Son classement en matière de santé est donc passé de 41ème en 2008 à 22ème en 2017.

La Guinée fait partie des 8 pays pour lesquels le rapport note une régression qui s’est exacerbée les 5 dernières années (Angola, Gambie, Niger, Sao Tome & Principe, Afrique du Sud, Tunisie, et Zimbabwe).

Le déclin inquiétant de l’Éducation. Cet indicateur ne progresse pas au rythme de la croissance démographique. Bien que la tendance sur les 10 ans soit positive (+2), les 5 dernières années ont connu un déclin (-0.7) tiré par la chute des indicateurs mesurant la qualité de l’éducation. Cette dernière est mesurée en évaluant si l’éducation remplit les besoins de l’économie ainsi que les attentes en matière de fourniture de ce service social de base.

L’actualité sociale guinéenne marquée par le mouvement de grève des enseignants conduit un certain nombre de jeunes élèves à s’exprimer. Ils le font dans une qualité de l’expression orale bien en dessous des attentes. C’est un signal inquiétant qui est conforme avec les indications du rapport.

La population africaine en âge de travailler (15-64 ans) devrait croitre de +27.9% dans les 10 prochaines années. Malgré un déclin du taux de fertilité de l’Afrique, si des investissements conséquents ne sont pas faits dans les domaines de la santé, l’éducation et l’amélioration des perspectives en matière de création d’opportunités économiques durables, une des conditions essentielles du dividende démographique demeure à risque. Ceci a potentiellement pour conséquence de laisser une population de millions de travailleurs sans-emplois décents comme nous avons pu le relever plus haut. Et comme la population active croit, l’accès aux services sociaux de base tels que l’éducation et la santé sera nécessaire pour une force de travail productive.

Le rapport note que 34 pays ont amélioré leurs scores en matière d’éducation sur les 10 dernières années. Ces pays abritent 61.5% de la population africaine mais pour une vaste majorité d’entre eux(26) la tendance est soit à la baisse ou en inversion.

La moitié du continent, soit 27 pays ont connu une détérioration de leurs scores en matière d’éducation sur les 5 années passées. Ceci traduit le fait que pour 51.5% de la population africaine, les acquis en matière d’éducation s’effritent.

Il n’y a presque pas eu de progrès en matière de bien-être. Parmi les 14 sous catégories de l’indice, le bien-être est celui qui a connu la vitesse d’amélioration la plus lente. Le rapport note une irrégularité des progrès qui ont abouti à seulement +0.6 en moyenne au niveau du continent.

Que traduisent les données spécifiques à la Guinée ?

L’index global de gouvernance pour la Guinée est de +6.1 sur 10 ans. Le pays se classe à la 37ème place sur 54 pays africains.

Regardons maintenant dans le détail des 4 catégories.

Sécurité et respect de la loi. La Guinée se classe 32ème sur 54 pays africains. Elle connait à ce niveau une progression de +7.1 tirée essentiellement par la forte progression au niveau du respect des mécanismes de transfert du pouvoir qui a connu +66 sur les 10 ans.

Participation et droits de l`homme. La Guinée occupe la 31ème place avec une progression de +13.8. Seulement, il est à noter que des progrès substantiels sont á faire au niveau du genre avec une chute des indices liés á la promotion de la participation des femmes (-3.7) la représentation des femmes dans le secteur judiciaire (-75) et la prise de textes législatifs sur les violences faites aux femmes (-16.7)

Opportunités Économiques Durables.  Le résultat à ce niveau est marqué par une 38ème position sur 54 pays ou une croissance de +0.2 sur 10 ans ce qui n`est pas une excellente performance. Cependant, il est à noter des performances remarquables sur 10 au niveau de l’efficience des procédures douanières (+52.5) la robustesse des banques (+30.6)

Des reculs importants sont enregistrés au niveau du secteur rural avec -15.7 sur 10 ans et un rang de 48ème sur 54 pays. L’investissement du gouvernement dans le développement rural sur dix ans connait un recul de -31.3. Ce qui traduit un échec de toutes les politiques de développement économique qui ont été conduites ces dernières années dans le pays.

Développement Humain. La Guinée occupe la 41ème place avec un accroissement de 3.1 sur dix ans. Le bien-être dans le pays a connu une amélioration très faible de 2.3 sur la période. Des progrès sont notables au niveau de la prise en considération de la problématique environnementale par les politiques publiques (+28.5)

Sur le plan de l’éducation, le niveau de satisfaction sur 10 ans a décliné au niveau de 14.3 avec un rang de 42éme  sur 54 États.

La sous-catégorie santé connait la plus forte progression avec +6.2 á la 40ème  place sur 54 États. Ce résultat est tiré par la réduction de la mortalité infantile (+17.2) ainsi que l’amélioration de la fourniture du traitement antirétroviral (+21.8)

Nous avons pu saisir combien ce type d’exercice est important en matière d’évaluation de la performance continentale et par pays, des progrès en matière de gouvernance du développement économique. C`est un autre regard qui n’est pas celui effectué par les institutions de bretton woods.

Il est important donc que les acteurs et parties prenantes du développement économique de l’Afrique s’en imprègnent avec un regard critique pour les uns et une posture d’humilité et de remise en question pour s’améliorer pour ceux qui ont la charge de gouverner le continent.

Par

Abdoulaye Diallo






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