Décès tragique du journaliste Abdoulaye Bah : le dossier pour retrouver les suspects, introuvable au TPI de Mafanco

17 juin 2018-17 juin 2019, il y a exactement une année, que nous quittait le talentueux, le passionné, journaliste Abdoulaye Bah, laissant ainsi sa famille professionnelle et biologique dans un émoi de tristesse profond. Abdoulaye Bah pétri de talent, amoureux de son métier est décédé arme à la main dans des circonstances obscures, qui n’ont toujours pas été élucidées par les autorités compétentes. L’on se souvient, Abdoulaye Bah a bénéficié des funérailles dignes d’un chef d’Etat. Son corps a été  exposé au palais du peuple où il a reçu des témoignages des confrères, acteurs sociaux et politiques, tout bord confondu. L’on pouvait compter au point de départ du palais du peuple, une cinquantaine de véhicules dans le cortège funèbre. Depuis ces parents, amis et lecteurs attendent toujours d’être élucidés suite à cette mort tragique. Pour rappel, c’était un samedi nuit, sur invitation du ministre des Travaux publics Moustapha Naité, accompagné lui même de ses homologues de la jeunesse Mouctar Diallo et celui de la ville et de l’aménagement du territoire Dr Ibrahima Kourouma, qu’Abdoulaye Bah est sorti de chez lui aux environs de 2h du matin, pour aller couvrir une opération d’assainissement à Matoto tard la nuit. Il y avait également dans le groupe, d’autres journalistes des différents médias comme des reporters de la Télévision Nationale et de la Télévision Espace ainsi que l’équipe de la cellule de communication du département des Travaux Publics. Son « adieu » à sa femme  Selon les explications de sa femme, Marie Louise Bah, son cher mari lui a réveillé entre 00h et 1 h du matin pour lui dire qu’il se rendait à Linsa. Elle revient au micro de Guinéenews sur son au revoir qui est devenu un adieu. « C’est dans la nuit du samedi à dimanche, pendant qu’on veillait, qu’il m’a dit, écoute ma chérie, je dois aller à Linsan cette nuit pour effectuer un reportage. Je vais avec Moustapha Naité et ton ami Tidiane. Il m’a ensuite dit que nous devons aller à 02h du matin. Après on est allé se coucher. Avant qu’il ne soit 2h, il s’est levé et je lui ai même dit qu’il est encore trop tôt, il m’a répondu non, qu’il doit se préparer. Quand il a fini de prendre son bain et de s’habiller, il a pris un cadeau qu’on m’avait offert et il m’a montré en me disant ça je voyage avec. Après je lui ai dit moi je ne suis pas dans ses moqueries à une heure pareille. Après on s’est mis à rire. Entre temps Tidiane l’a appelé pour lui dire que ceux qui doivent venir les chercher sont en route, il a répondu qu’il est déjà prêt. Peu de temps après, les voitures qui sont venus les chercher ont garé devant notre immeuble. Je lui ai accompagné jusqu’au niveau du couloir, après il m’a pris dans ses bras, m’a embrassé et il m’a dit je t’aime. Je lui réponds je t’aime aussi, prends bien soin de toi » nous relate-t-elle en sanglots avant de se poursuivre sa narration. « Quand j’ai fermé la porte, je suis allé vers les fenêtres, j’ai tiré les rideaux et j’ai vu deux Pick up qui les attendaient. Mon mari est monté derrière dans l’un des pick up et Tidiane qui habite non loin d’ici, a traversé et est monté coté chauffeur dans la même voiture que mon mari. Je me suis arrêté là jusqu’à leur départ. Je ne pouvais penser que je ne le reverrais plus » sanglote-t-elle. Le lendemain,  Marie Louise a été réveillé par les appels intenses des proches de son mari. « La nuit bizarrement j’ai eu de l’insomnie. Je n’ai pu dormir que vers les 5h. A mon réveil, j’ai vu beaucoup d’appel en absence des proches de mon mari. Et j’ai commencé à rappeler Commandant Barry qui était le premier appel en absence réçu, du coup, il me dit j’ai appris que ton mari a fait un accident, j’espère que ce n’est pas grave. Je lui ai dit que sa ma première nouvelle. Je lui ai ensuite demandé où a lieu l’accident et comment, après commandant Barry me dit que c’est à Matoto, je lui dit ce n’est pas mon mari alors, lui il est parti à Linsan. Mais après plusieurs appels effectué, j’ai su la réalité et j’ai été vraiment surprise et très surprise parce que je ne savais pas que mon mari était parti à Matoto pour une affaire de curage de caniveaux à une heure pareille » Témoignage du dernier compagnon d’Abdoulaye Bah Outre sa femme, Guinéenews a également échangé avec l’un des accidentés de l’accident. Abou Koréa Kourouma, cadreur à la Télévision Espace était avec Abdoulaye Bah lorsque l’accident fatidique est survenu. Lui s’en est sorti avec une fracture au niveau de la Jambe et de l’épaule. Il nous relate les faits. « C’était la première fois qu’Abdoulaye et moi passions plus de 4 heures ensemble. C’est un grand que je connaissais, que je respectais. Samedi, (la veille de l’accident NDLR), on avait fait l’émission ensemble à Espace, et c’est moi-même qui avait enregistré Club de l’actu ce jour. Dans la nuit du dimanche à lundi, vers les deux heures du matin, Tidiane Bah du ministère des travaux publics accompagné du chauffeur sont venus me chercher à la maison et je ne savais pas qu’on effectuait la mission avec Abdoulaye Bah. C’est quand je suis monté dans la voiture que je l’ai vu.  Dès que je suis monté à bord, je l’ai taquiné. Après on est parti à Cosa chercher Toumani de la RTG et son cameraman.  Les deux sont allés dans la voiture d’un autre directeur  du ministère. Nous, on est resté dans la voiture qui est allé me chercher. Tidiane le chef de mission était assis devant, Abdoulaye et moi étions assis derrière. Après on est allé chez le ministre en face de Palm Camayenne. Dès que le ministre l’a vu, il a commencé à le taquiner aussi. Vous savez Abdoulaye est très amusant. Le ministre nous a offert à manger.  Ne pouvant manger à une heure aussi tardive, moi j’ai pris mon sandwich, j’ai mis dans mon sac.  Un sandwich que je n’ai d’ailleurs jamais mangé ». Reportage à Madina et Matoto Poursuivant, Koréa raconte que le grand marché de Madina, a été la première étape de la tournée. « Quand on a quitté chez le ministre Naité, nous nous sommes rendus d’abord à Madina. On a commencé à filmer avec le cameraman de la RTG. Après j’ai vu Abdoulaye filmer avec  son téléphone, je pense qu’il faisait le direct pour son site. Comme il faisait obscur, il s’est approché de moi pour que je lui apporte de la lumière. Quand on a fini l’étape de Madina, nous sommes partis à Matoto toujours dans la même voiture. Arrivée à Matoto aussi, on a fait le même travail. Là on était avec le ministre des TP Moustapha Naité,  celui de la jeunesse Mouctar Diallo et celui de l’habitat Ibrahima Kourouma.  Quand on a fini de faire l’interview du ministre Mouctar Diallo, on a fait l’interview d’Ibrahima Kourouma, et après l’interview de Moustapha Naité. En dernière position on a pris le représentant de l’entreprise qui était chargé de l’assainissement » raconte-t-il. « A la fin des travaux, moi j’avais même mis ma camera dans mon sac, on était arrêté sur le trottoir pour chercher à traverser quand le ministre Naité nous a interpellé pour nous dire que la machine est en train de prendre des saletés, de venir filmer parce que c’est une image très importante. Le cameraman de la RTG était déjà dans le véhicule. Abdoulaye et moi sommes déplacés vers la machine pour pouvoir s’approcher du sujet. En filmant, le ministre a même taquiné Abdoulaye Bah lui disant que ces saletés viennent de son village. Abdoulaye a rétorqué que ça vient de mon village. Après je lui ai dit que tu ne connais même pas mon village, moi je viens de Kankan. Après il m’a dit que si c’est Kankan, là-bas c’est propre. C’est les derniers mots qu’on a échangé » explique le cameraman Accident tragique Dans sa narration Abou Koréa précise, « On était que deux maintenant en train de filmer, tous les autres étaient à coté de leurs véhicules pour le départ pour Linsan. Il y avait quelques trois mètres entre nous et d’un seul coup j’entends un bruit derrière moi, dès que je me suis retourné, j’ai vu un véhicule en l’air. Le temps de crier, le véhicule m’a ramassé et m’a trainé à une vingtaine de mètres. Le véhicule avait déjà ramassé Abdoulaye Bah. Le véhicule a également touché un apprenti de la machine,  Kaké et Tidiane qui eux n’ont pas trop souffert. Moi j’étais sous la voiture mais je ne pouvais rien faire. Une femme vendeuse a dit en soussou qu’il y a quelqu’un sous la voiture. Après ils sont venu demander qui est là, conscient, j’ai répondu que c’est Koréa. Après ils ont soulevé le véhicule, m’ont tiré et m’ont mis dans un pick up. On était sur le point de bouger, mais les mêmes femmes nous ont interpellés pour nous dire encore en soussou, qu’il y a un autre dans le caniveau.  C’est ainsi qu’ils ont garé et sont venus voir, que c’était Abdoulaye Bah.  On l’a fait monter dans le même véhicule que moi. Il était assis et moi j’étais couché mais de là-bas jusqu’à l’hôpital Chino guinéen, il n’a pas parlé. Moi à cause de ma jambe et mon épaule cassées, je ne pouvais pas m’asseoir.  Le ministre Naité était avec nous, ce dernier l’appelait mais il ne répondait pas. Et quand le ministre aussi m’appelait et que je ne répondais pas, il pleurait. Mais quand je voyais le ministre pleurer, malgré la douleur atroce, je m’efforçais à répondre » affirme le dernier compagnon d’Abdoulaye Bah. « Arrivée à la clinique sinoguinéennne, il a été admis en premier à l’urgence parce que son cas était plus grave, même dans la voiture le sang coulait de ses oreilles. Mais à l’hôpital Sino Guinéen, à vrai dire c’est Dieu qui sauve les gens là-bas. Parce que, imaginez quand on est arrivé, il n’y avait pas de médecins. C’est vers les 6h, ils sont arrivés. Quand ils sont venus, ils ont commencé à nous déshabillé. C’est là, depuis l’accident, j’ai entendu un mot sortir de la bouche d’Abdoulaye Bah, il disait laissez-moi, laissez-moi.  Après on nous a séparé, on l’a envoyé dans une autre salle. Et moi on m’a envoyé au labo. Depuis lors je l’ai plus revu » nous a raconté  Korea. Informé de l’accident aux environs de 6h, les services de sécurité ont diligenté une équipe sur les lieux pour faire le constat au lieu du drame. A la question de savoir si les services de la sécurité routière étaient informés de ce curage de caniveau afin de prendre des dispositions sécuritaires dans la zone, un haut responsable de la police nous a répondu par la négative.  Une bouteille de liqueur, un verre et une boite de bière, ont été retrouvé dans la voiture (Honda) qui a cogné la Renault et qui par finir est parti ramasser les deux confrères.  Comment est-ce que ces objets n’ont-ils pas été brisés avec tout le choc reçu ? Ont-ils ramassés dans la voiture où étaient-ils retrouvés, posé de cette façon (voir photo) dans la voiture après l’accident ? Des questions qui taraudent encore beaucoup d’esprit. A en croire à l’agent chargé de la mission pour le constat  Mamady Komara « Ils ont été ramassés sous les sièges de la Honda que conduisait un certain Ibrahima Sory Camara, chauffeur en cavale.  Nous les avons déposés sur les fauteuils pour permettre aux journalistes de filmer. Parce que leurs caméras ne pouvaient pas les voir là où ils se trouvaient. Et puis la bouteille n’est pas en verre mais plutôt en plastique, donc incassable» précise l’agent. A noter que les voitures accidentées se trouvent jusqu’à ce jour dans la cour du commissariat central de Matoto, au niveau des services de la routière. Après avoir fait le constat, les agents de la police ont déposé le 20 juin 2018, au niveau du tribunal de première instance de Mafanco, les documents du constat accompagnés des pièces à conviction pour la poursuite des enquêtes. Pour en savoir davantage sur la suite des enquêtes, Guinéenews s’est rendu au tribunal de première instance de Mafanco, rencontrer le procureur de la République. Dans son bureau, M. Soriba Manet a retrouvé le mandat d’arrêt accompagné des photos du chauffeur Ibrahima Sory Camara qui serait toujours en cavale. (ci-contre photo l’auteur principal de l’accident)

Accompagné du procureur Manet, nous avons fait le tour des bureaux du tribunal pour en savoir à quel niveau se trouve le dossier, aucune trace. Pendant une semaine, Guinéenews est resté en contact avec le procureur mais aucune nouvelle du dossier. La dernière fois que nous nous sommes rendus à son bureau, c’était le jeudi 13 juin 2019.






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