Interview : À bâton rompu avec M. DIALLO MAMADOU Djouldé, DG de la S.E.G.

Récemment, en marge de la cérémonie de remise  de motos aux directions-clientèles de Conakry et de l’intérieur, le DG de la S.E.G s’est prêté aux questions des médias présents. Décryptage … 

Monsieur le Directeur Général de la Société Guinéenne des Eaux, vous venez de doter vos agents de moyens de locomotion afin de dynamiser les services de votre société. Peut-on savoir combien vous ont coûté ces équipements mis à la disposition du personnel ?

Les deux cents (200) motos, plus les 200 casques, plus les huiles pour la première vidange et tous les accessoires qui vont avec, nous ont coûté un peu moins d’un milliard cinq cents millions de francs guinéens grâce à la parfaite collaboration que nous avons avec la société TOPAZ qui a bien voulu accepter nos bons de commande à 90 jours et les paiements sont entièrement faits et c’est le lieu de remercier cet autre partenaire.

À quoi serviront ces motos ?

Les motos permettront à nos collaborateurs d’avoir la mobilité nécessaire pour aller faire le travail sur le terrain, qu’il s’agisse de la relève, qu’il s’agisse de la maintenance préventive, qu’il s’agisse du traitement de l’eau à travers des chimistes itinérants qui ont été doté, qu’il s’agisse de la normalisation et de l’assainissement du terrain ou bien de l’effort que nos agents font auprès des clients pour le recouvrement, ces motos leur faciliteront le déplacement pour aller très rapidement faire leur travail ; parce que pendant la session budgétaire passée, c’était un des prérequis pour l’atteinte des objectifs qui leur étaient fixés. Il y a eu des objectifs de production-distribution d’eau, des objectifs de facturation et des objectifs de recouvrement qui ont été fixés et déclinés à tous les niveaux. Parmi les conditions fixées par les collaborateurs et pour lesquelles on était consentants, qu’il fallait absolument fournir ces éléments. Donc au-delà des motos, il y a d’autres accessoires, d’autres éléments comme les compteurs. Au moment où je m’adresse à vous, on est en train de décharger 10000 compteurs volumétriques de haute performance qu’on va mettre dans tous ménages. Parce que plus  le client gaspille, moins il économise de l’eau. Mais quand il sait que la moindre goutte qui passe est comptabilisée, il va s’en dire qu’il prête attention  à sa consommation ; et plus il prêtera attention à sa consommation, moins il va utiliser l’eau. Et si cette eau n’est pas utilisée, elle sera stockée dans les conduites ; et une fois stockée dans les conduites, ce sont d’autres clients qui n’en ont pas qui profiteront de cette ressource, ce que nous nous appelons dans notre jargon ‘’ économie d’eau ‘’.

Çà et là dans les rues de Conakry nous voyons souvent des fuites d’eau ou même par endroits des gens qui qui piratent vos conduites par perforation. Disposez-vous d’une unité de détection à distance, sinon que préconisez-vous afin de remédier à cette problématique qui constitue à ce jour l’une des sources de perte de recettes de votre société ?   

Nous venons de mettre en place  une structure que nous avons appelé ‘’ la direction de l’eau non facturée ‘’. Aujourd’hui c’est le concept par lequel, qu’il s’agisse de l’Association Africaine de l’Eau, qu’il s’agisse de l’Association Internationale de l’Eau, voilà le concept qui est en train de faire du chemin dans tous les pays du monde. Parce qu’on s’est dit que la très bonne récupération des volumes d’eau que nous perdons, peut nous permettre de  différer certains investissements, d’où la nécessité de  se déployer. On a mis la structure en place et au moment où je vous parle, on a fait une convention de financement avec  l’Agence Française de Développement (A.F.D) qui est prête à nous aider. Les différentes conditionnalités sont presque terminées, il ne reste qu’une seule. Une fois que la dernière conditionnalité sera réglée, parce que l’avant-dernière c’était la mise en place du Conseil d’Administration qui est déjà faite, nous allons avoir accès à 30 millions d’Euros pour nous permettre d’assainir er de normaliser notre réseau de distribution. Une fois que cela sera fait, nous allons récupérer tous les volumes d’eau. Tous les tuyaux que vous êtes en train de voir vont être enfouis à de très bonnes profondeurs et les fraudes vont être détectées et ramener dans le portefeuille des clients et on les mettra dans une position de facturation. Ce qui nous aidera à améliorer notre rendement, à améliorer notre ratio de facturation, mais aussi à travers  les nouveaux outils de recouvrement comme la proximité de nos clients avec nos agences ; ou bien le système Orange Money que vous êtes en train de voir, nous allons avoir le Cash-Flow nécessaire pour nous permettre de dérouler nos différents plans d’action.

Aujourd’hui la demande est très forte et quel impact attendez-vous de la remise de ces moyens de déplacement sur la desserte en eau notamment dans la ville de Conakry ?

La demande est très forte, aujourd’hui on est en train d’utiliser la même  quantité d’eau pour une population qui ne faisait qu’un million d’habitants. Aujourd’hui Conakry est autour de  plus de 3 millions d’habitants avec la même quantité d’eau. Mais si chaque citoyen faisait l’effort d’économiser le maximum d’eau dans son ménage, si les gens évitaient d’aller pirater nos conduites pour provoquer des fuites et abandonner les tuyaux ainsi, je pense qu’on aurait tout à fait gagné en matière de desserte. Nous sommes en train de travailler dans ce sens. Ces motos permettront à nos collaborateurs d’être assez proactifs sur le terrain en termes de réparations, de recherches et de détections de toutes ces anomalies qu’on a évoqué ici.

À son accession au pouvoir en 2010, le Professeur  Alpha CONDÉ a fait d’un de ses programmes-phares ‘’ l’Eau et l’Électricité pour tous ‘’. Vous qui êtes aujourd’hui à la tête de la Société Guinéenne des Eaux, pensez-vous que cette promesse est tenable ou est-ce seulement une promesse électorale ?

Je vous assure qu’il faut féliciter monsieur le Président de la République. Je vais vous expliquer quelque chose. À son élection en 2010, le premier plan d’action qu’il avait mis en plan concernait le secteur de l’eau. On avait mis en place un plan d’action pour les 100 premiers jours du nouveau Président. Il a mis les moyens suffisants à notre disposition qui nous ont permis de travailler aussi bien à Conakry que dans les villes de l’intérieur. Parce que n’eut été cet appui financier important de sa part, tout pouvait s’écrouler ; parce que le secteur est resté pendant près de 15 ans, 20 ans sans aucun investissement. Nous on appelait ça ici des investissements de rattrapage. Donc ces moyens qu’il a mis à notre disposition pendant les 100 premiers jours de son mandat à travers la coopération qu’on avait avec la SAUR, on a fait le tour de toutes les villes de la Guinée. On a sécurisé d’abord ce qu’on avait sous la main, parce qu’avant de penser à développer le secteur, il faut déjà être sûr que ce qu’on a sous la main tient. Heureusement, ça nous a permis d’avoir la tranquillité nécessaire d’élaborer les autres plans d’actions. Une fois qu’on a sécurisé, maintenant on a fait les projets structurants et ce sont ces projets-là pour certains qui sont en train de voir le jour. On a donné l’eau à une partie de Boké. C’est vrai qu’à Boké le taux d’accroissement de la population aidant avec l’activité minière s’est développée vers les zones périphériques. Mais aussi ces plans d’actions ont permis de réaliser aujourd’hui le projet d’adduction dans cinq (05) villes au moment où je vous parle,  et grâce aux efforts personnels du Chef de l’État au plaidoyer qu’il a eu à faire avec les différents bailleurs de fonds, les villes de Gaoual, de Lélouma, de Lola et de Tougué, sont en train d’être équipées ; ça ce sont ses efforts personnels. Au-delà de ça, nous venons de boucler un projet avec la Banque Islamique pour le renforcement de la desserte en eau de la ville de Conakry. Si vous vous rappeler, il y trois (03) ans, tous les jours, le tuyau qui traverse la zone de Kissôssô éclatait ; grâce aux efforts du Président tout ça n’est qu’un lointain souvenir. Aujourd’hui, on est sorti de cette zone de turbulence. Donc on est en train de nous concentrer sur l’amélioration de nos rendements technico-commerciaux et financiers pour pouvoir être une société assez performante.

La Guinée château d’eau de l’Afrique de l’ouest  et cependant beaucoup de robinets sont aujourd’hui sans aucune goutte d’eau. N’est-ce pas un paradoxe ? Et qu’est-ce qui bloque à ce jour votre société dans l’atteinte de ses objectifs ?      

La Guinée est effectivement le château d’eau de l’Afrique de l’ouest. Vous savez l’eau on l’a de façon naturelle. C’est le lieu pour moi de faire un plaidoyer auprès des bailleurs de fonds, auprès des institutions financières, auprès des partenaires au développement pour pouvoir davantage accompagner le secteur. L’eau  lorsqu’elle est disponible à l’état naturel, il faut aller la capter, la traiter, l’acheminer sur la ville de Conakry, la distribuer, l’envoyer dans les différents ménages. Ces différentes actions nécessitent quand même des moyens qui ne sont pas à la seule portée du gouvernement, c’est le cri de cœur que j’ai fait aux partenaires au développement pour pouvoir fortement assister la Société des Eaux de Guinée en mettant en place des projets de la taille de KALÉTA par exemple. Un projet de la taille de SOUAPITI. À ce jour, on n’a pas un projet de cette dimension. Le jour qu’on aura un projet digne de KALÉTA, vous verrez que ces problèmes seront résolus. Toujours dans le cadre des efforts du Gouvernement, la Banque Mondiale a bien voulu injecter 30 millions de dollars US qu’on est en train de dérouler actuellement.  Une partie du montant sert à  élaborer le schéma-directeur qui nous sera remis bientôt, parce qu’une entité publique qui n’a pas de schéma-directeur, c’est comme si tu faisais de la navigation à vue. Une fois le schéma-directeur finalisé, les différents programmes d’investissement et de tous les scénarios qui y figurent vont être clairement définis, c’est suite à ça que les bailleurs donneront une suite aux différentes requêtes formulées avec les différents bailleurs avec l’appui du Chef d’État.  

Propos recueillis par BAYO Ibrahima Kalil






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