Le football, vecteur de panafricanisme agissant.

Sur les cinq représentants de l’Afrique au Mondial 2018 de football, deux sont déjà certains de regagner le bercail, au terme de la phase de groupes : mais les supporters de ces deux nations se reportent aussitôt sur les équipes africaines qui demeurent dans la compétition. Et si c’était aussi cela, le panafricanisme ?

On vous parle de football, de Coupe du Monde de football, et vous répondez : panafricanisme ! Que vient donc chercher le panafricanisme dans la fête du ballon rond qui est, certes, le sport roi en Afrique, mais n’est, après tout, qu’une discipline sportive parmi tant d’autres ? 

Nous ne pousserons pas le sacrilège jusqu’à suggérer avoir été inspiré par les dieux du Niokolo-Koba ou du Fouta-Djalon. Mais est-ce de l’imposture que de prétendre déceler un réel panafricanisme dans les réactions des Africains, toutes nationalités confondues, face au sursaut d’orgueil des Sénégalais et des Nigérians à la Coupe du Monde de football, en Russie ? Et ce panafricanisme se lit aussi bien du côté des nations qui réussissent des exploits sur le terrain que dans le soutien des autres nations africaines à ces équipes, qui portent désormais les espoirs de toute l’Afrique.

Vous trouverez toujours quelques esprits perfides, pour estimer que tout cela n’a aucune importance, et que l’on distrait les populations, ou même que l’on abuse de leur bonne foi, en focalisant leur attention sur le football, d’importance dérisoire, au regard des préoccupations réelles qui sont les leurs.

Ont-ils vraiment tort de penser ainsi ?

Ils sont, en tout cas, loin d’avoir raison. Parce que le sport, en particulier le football, n’est pas sans importance, dans la vie des peuples d’Afrique. Comme, d’ailleurs, dans celle d’autres parties du monde, où cette discipline représente une véritable industrie, générant des milliards d’euros, de livres sterling ou de dollars, chaque année. D’ailleurs, combien d’événements recueillent des scores d’audiences du genre de ceux que l’on annonce pour les matchs de l’équipe de France, à la télévision ?

Ceux qui voudraient faire croire que tout cela ne vise qu’à tromper le bon peuple n’ont rien compris : le football, dans presque tous les pays du continent, est ce qu’il y a de plus fédérateur. Autour de l’équipe nationale, les divisions politiques s’estompent. Plus d’antagonisme ethnique, ni de tensions religieuses. Sans compter que, par-delà les nationalités, les exploits des équipes africaines représentent un réel intermède de bonheur,  dans la grisaille de la vie ordinaire. Penser que ces quelques semaines de joie et de bonheur n’ont aucun sens pour les peuples, c’est ne rien comprendre à la vie. D’autant que personne n’a jamais soutenu qu’il suffit d’accorder ces joies passagères aux foules sur le continent pour qu’elles cessent d’avoir d’autres aspirations dans leurs vies.

Et le panafricanisme, dans tout cela ?

Alors, oui, lorsque les Africains, indépendamment de leurs nationalités, se réjouissent et même se mobilisent pour le Sénégal ( ou pour le Nigeria ) dans cette campagne de Russie, il n’est point besoin d’être un génie, pour y voir une expression toute simple du panafricanisme, comme il se conçoit au niveau des populations africaines. Les Sénégalais l’ont tellement bien compris que, dans l’euphorie de leur victoire, ils ont affirmé qu’ils allaient désormais se battre et gagner pour le Sénégal et pour l’Afrique. Les Nigérians aussi sont dans le même état d’esprit, depuis leur sursaut de ce vendredi 22 juin.

C’est dans le même esprit que les supporters des pays sortis trop tôt de la compétition ont reporté leur soutien, leur engagement sur les Lions du Sénégal, ou les Super Eagles du Nigeria. Tout cela révèle que ce sont souvent les évidences les plus lumineuses qui échappent durablement à notre sagacité. Le football est un stimulateur de panafricanisme, au-delà de toutes nos espérances, et c’est tant mieux ! Plus généralement, les Africains savent se reconnaître dans tous les peuples qui honorent le continent. Les élections transparentes, comme le moindre geste de bravoure politique d’un peuple suscite l’admiration de tous les autres.

Si c’est par la fierté que se consolide le panafricanisme, pourquoi, alors, les Sénégalais trouvent-ils à redire, lorsque les supporters sénégalais nettoient les gradins, après un match, ou quand leur président consacre ses vacances au soutien de l’équipe nationale ?

Pour ce qui est des polémiques sénégalaises, il faut juste savoir dire que c’est bien, lorsque ce que font d’autres que soi est vraiment bien. Ce que les supporters sénégalais ont fait en Russie est bien. Se comportent-ils un peu moins bien chez eux ? Alors, ce qu’ils ont fait en Russie n’en est que plus louable.  Pour ce qui est reproché au chef de l’Etat, passer des vacances auxquelles il a droit à soutenir l’équipe nationale en Russie, paraît-il, coûterait cher. Mais, qu’il aille sur la Côte d’Azur ou sur les bords du Lac Léman, les vacances du chef de l’Etat coûtent toujours cher. Se préoccupe-t-on seulement de savoir comment les joueurs ressentent-ils cette présence présidentielle à leurs côtés ? Lorsque le sage montre la lune, dit l’adage chinois, l’imbécile regarde le doigt…

Par Jean-Baptiste Placca

 






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