Le ministre de l’Économie et des Finances donne le coup de sifflet de « l’emprunt obligataire »

C’est dans un réceptif hôtelier, à Conakry, qu’en présence d’investisseurs nationaux, le ministre de l’Économie et des Finances, Mamady Camara, accompagné de Moustapha Naité, ministre en charge des Travaux publics, a lancé la troisième expérience de l’emprunt obligataire.

Visant principalement à financer « l’entretien du réseau routier » et d’autres secteurs porteurs de développement, notamment l’énergie, ce geste jugé comme « patriotique » par les autorités, est ouvert aux investisseurs, mais aussi aux citoyens. Plafonné à la somme de 1.600 milliards, à recouvrir de juin à décembre 2019, elle offre aux investisseurs un taux d’intérêt de 12,5% affranchis de tout impôt et de toute taxe, avec une période de jouissance de 3 ans, avec une valeur nominale de 5 millions de francs guinéens.

Dévoilant l’utilité de cette expérience, Guy Laurent Fondjo, directeur de Afriland First Bank, l’une des banques chefs de file aux cotés de la BICIGUI, a fait savoir que « l’emprunt va servir à l’amélioration des infrastructures énergétiques et routières ; où un montant de 300 millions à la réduction de la pauvreté. J’insiste ici sur la réduction de la pauvreté, parce que beaucoup de discours tendent à dire qu’on investit dans les grands projets, mais on ne ressent pas cela au niveau du panier de la ménagère. Cette fois-ci, le gouvernement a pris cela en compte, cela veut véritablement qu’au-delà des investissements dans les secteurs très porteurs, qu’il y ait également ce ressenti au niveau du panier de la ménagère. C’est pour cela que 200 millions de francs à la disposition, pour les activités de lutte contre la pauvreté ; et 300 milliards de francs seront mis pour renforcer la trésorerie de l’État ».

S’attaquant aux détails, il a expliqué le processus du remboursement des placements, en donnant un exemple palpable : « Pour quelqu’un qui fait une souscription de cinq millions, il y aura le remboursement de 2 millions 291 mille 665 francs, dans lesquels il y aura 625 mille d’intérêts. Et au bout des trois ans, il y aura un remboursement de 6250, ce qui lui fait un gain d’un million 250 mille francs guinéens (…)»

Dans son discours de lancement, le ministre Mamady Camara, a tout d’abord souligné le caractère normal de cette opération : « Il s’agit de l’appel public à l’épargne, un instrument de financement participatif et élargi, dont plusieurs pays confrontés au problème de financement des infrastructures de base, nécessaires à leur développement, ont utilisé et continuent à faire usage ».

Soulignant cette opération, comme n’étant pas « ponctuelle », le ministre des Finances a déclaré par la suite : « Il s’agit d’une opération suffisamment sécurisée, qui prend en compte les intérêts de toutes les parties prenantes, à savoir l’État et les investisseurs. Je puis vous assurer que le gouvernement mettra tout en œuvre, pour d’une part utiliser à bon escient les fonds collectés, en vue de renforcer son rôle de créateur du cadre de développement socio-économique du pays ; et d’autre part, pour veiller à ce que les différentes échéances de cet emprunt soient remboursées en échéances préétablies, comme cela a été le cas pour les deux précédents ».

Se réjouissant que cette action financière qui va bénéficier à son département, le ministre Moustapha Naité s’est exprimé en ces termes : « En effet, pour la mise en œuvre de la stratégie de sauvegarde et de développement du réseau routier national sur les dix prochaines années (2016-2025), incluant entre autres, les projets inscrits au PNDES, il y a un besoin global de financement de financement d’environ 47.000 milliards de francs guinéens. Et seulement 6.385 milliards de francs guinéens ont été mis en place par les bailleurs de fonds traditionnels : BAD, Union européenne, Fonds arabes… »

Il a poursuivi, par ailleurs : « Aussi, il convient de signaler que pour des raisons diverses, certains bailleurs de fonds principaux de notre pays ont commencé leur retrait du secteur routier. Vous comprendrez qu’il y a lieu de rechercher des voies et moyens domestiques propres de mobilisation de fonds, pour financer le développement de nos infrastructures routières, dont la qualité impacte grandement la circulation des personnes et de leurs biens, et par ricochet, tous les autres secteurs de l’économie nationale ».

Enfin, il a terminé en remerciant et en encourageant « tous les souscripteurs potentiels, pour leur engagement citoyen ».

Représentant l’autre chef de file, Manga Fodé Touré, le directeur de la BICIGUI, a rassuré à son tour que « cette année, naturellement, les besoins sont croissants, pour financer notre développement. Je pense que chacun de nous doit être fier de mobiliser son épargne, dans les conditions de sécurité juridique parfaite, pour financer nous-mêmes notre développement, parce que quelqu’un d’autre ne le ferait pas pour nous. Donc, je voulais vous inviter à faire confiance au système qui est en place, qui est un système qui commence à faire du chemin ».

Rappelant la réussite des deux premiers, le premier vice-gouverneur de la Banque centrale a rappelé que « l’emprunt envisagé est la troisième expérience de la Guinée et ce, depuis 2015. Toutes les échéances ont été régulièrement honorées à bonne date, et les emprunts ont été intégralement remboursés sans incidences sur leurs chances respectives. Je souhaite que cette troisième émission soit une grande réussite, à l’instar des deux autres qui ont été lancées en 2015 et en 2017, pour lesquelles les mobilisations étaient au-delà des espérances ».

Abdou Lory Sylla






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