Nouveau gouvernement : le faux suspens qui tue le jeu

Annoncé depuis le 8 mars, le nouveau gouvernement guinéen se fait toujours attendre, pour des raisons qui sont un secret de polichinelle : manœuvres politiques dignes d’une cour de récréation et manque d’audace, tout y est. Le hic cependant est que le pays continue d’être à l’arrêt.

C’est un faux suspens qui ne peut plus leurrer personne. La journée de jeudi s’annonçait pourtant parfaite avec la décision du SLECG de reporter la grève dans le secteur de l’éducation, malgré l’élection d’un bureau bis dans la journée.

Mais il fallait bien que le Palais Sékhoutouréa vienne se rappeler comme une carie dans la dent, avec l’annonce d’un point de presse qui n’avait au finish aucun sens, puisque la démission du gouvernement Youla était déjà dans la presse nationale. Ceux qui espéraient encore une surprise en s’y rendant en ont été pour leurs frais.

L’autre bizarrerie de la journée a été cette instruction présidentielle faite au gouvernement sortant, d’assurer « la gestion des affaires courantes jusqu’à la mise en place d’un nouveau gouvernement ». On est en droit de s’interroger sur le rôle des secrétaires généraux, qui pourtant sont les vrais patrons techniques et administratifs de ces départements ministériels.

L’hésitation du président à nommer immédiatement un premier ministre dont l’identité n’est plus si mystérieuse, cache mal les tractations ardues qui ont lieu en ce moment entre sa formation politique et certains partis alliés. L’engagement du professeur président à réserver la primature à la Basse Côte a bien limité ses envies de renouvellement. Le plus influent des ressortissants de cette région au sein de sa mouvance reste Dr Ibrahima Kassory Fofana, forte personnalité et assez proche du maître du palais. Il a surtout des ambitions pour 2020, ce qui devrait l’obliger à une meilleure gouvernance.

Toutefois l’homme s’est heurté dès le début à l’opposition farouche du RPG-aec, qui exigeait la nomination d’un de ses cadres à la primature pour les deux dernières années du mandat présidentiel. A cet obstacle il faut ajouter les réticences à peine voilée de Sydia Touré, candidat presque naturelle de la Basse Guinée au fauteuil présidentiel et autre allié de poids du professeur Alpha Condé.

On le voit bien, le président devait jouer les entremetteurs dans sa propre camp politique avant de livrer le secret du conclave. Il faut dire qu’il n’a pas eu le choix très longtemps, soumis à la pression de ‘’Don Kass’’ dès le 19 avril, quand ce dernier a publiquement annoncé qu’il était prêt à assumer le poste. L’homme est trop important pour que le président court le risque de le perdre une deuxième fois. Mais il reste à savoir ce qu’en pense l’UFR qui continue son bras de fer avec l’homme à l’éternel sourire. Alpha Condé, lui, semble avoir déjà fait choix et peut-être aussi, celui de tirer définitivement un trait sur ses velléités d’obtenir un troisième mandat.

Mais l’attente n’a que trop duré, enlisant un peu plus le pays dans l’immobilisme ; la faute à la fermeture de la chaîne des dépenses par le chef de l’Etat depuis le début de l’année. L’un des secteurs les plus affectés par cette mesure est celui de l’éducation nationale, où les préparatifs des examens nationaux du 18 juin sont fortement tributaires de ces décaissements.

Enfin le président doit absolument tenir compte de l’agenda parlementaire, où des textes importants doivent être défendus par des ministres. Déjà, le groupe parlementaire Les libéraux exclut toute collaboration avec les ministres sortants, qui à ses yeux n’ont plus aucune légitimité.

La nomination du prochain gouvernement, d’une urgence absolue, est attendue pour le début de la semaine prochaine. A moins qu’un autre avion amène le président sous des cieux moins pluvieux.

Mohamed Mara 

 






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