OYE GUILAVOGUI : et le chantage réussit !

Cette publication, on aurait pu également l’intituler « Oyé Guilavogui fait plier Alpha Condé ! ». Parce que c’est de cela dont il s’est agi. A la faveur du dernier remaniement ministériel, le président de la République (et peut-être le nouveau PM) estiment que l’ancien ministre des Transports doit continuer à servir (plutôt se servir), mais dans un autre secteur. Ils lui proposent le ministère de l’élevage. Niet, répond Oyé Guilavogui. Pas question pour lui d’accepter ce bout de ministère, avec un des budgets les plus faibles. Surtout que par le passé, il avait occupé les très juteux ministères de Télécoms et des Transports. Il s’imagine certainement qu’il s’agissait là d’une rétrogradation. Bref, il refuse. Conséquence ? Quoique figurant sur le décret du chef de l’état relatif à la structure du gouvernement, le département n’est pas pourvu. Un gros couac qui n’avait échappé à personne. Quelques-uns y voyant la preuve que la composition gouvernementale a davantage obéi au besoin de récompenser et de contenter des individualités ou des camps politiques ou communautaires. D’autres encore assimilant la ‘’témérité’’ de Oyé à un pied-de-nez auquel Alpha Condé se devait de réserver une sanction exemplaire.

Eh bien, il n’en sera rien. C’est même au scenario inverse qu’il nous est ainsi donné d’assister. Ce n’est pas Oyé Guilavogui qui a tremblé devant les remontrances d’Alpha Condé. Mais c’est le président de la République qui a plié devant son ministre. C’est cela aussi Alpha Condé. Plein de paradoxes. Samedi dernier, au siège du RPG, il menaçait les cadres agitateurs de son parti de les déposer à la gendarmerie, parce qu’ils se plaignent de n’avoir pas été suffisamment lotis. Dimanche, il reçoit Oyé Guilavogui pour se faire pardonner de n’avoir pas pris en compte les désidératas de ce dernier. Et pour joindre l’acte à la parole, il décide séance tenante de nommer ce dernier à un nouveau poste ministériel qui lui convient. Non sans l’avoir élevé au rang de ministre d’Etat. Puis, à 21 heures, le décret est diffusé par les médias d’état. Quitte à faire passer le pauvre Roger Patrick Millimono pour le ministre de l’environnement ayant passé le temps le plus court à la tête de son département. D’ailleurs, pendant que nous y sommes, pourquoi, à son tour, il n’a pas refusé l’os rejeté par Oyé Guilavogui ? Question de personnalité, certainement !

Cette attitude du président de la République est d’autant plus incompréhensible qu’on peine à identifier le levier sur lequel Oyé Guilavogui a pu appuyer pour aussi facilement obtenir l’attention d’Alpha Condé. Avec toutes les manifestations qu’il peut organiser, Cellou Dalein Diallo n’a jamais été aussi efficace. Or, en termes de bilan, Oyé Guilavogui, ce sont surtout des tonnes d’annonces jamais concrétisées. Quant à la mobilisation électorale, Kindia dont il s’évertue à se proclamer le roi fait partie des communes relevant du contentieux électoral. C’est dire que dans le meilleur des cas, le RPG y a été sérieusement bousculé lors des dernières élections communales. Comme on le voit, il n’y a aucune logique de nature à rendre compte de la docilité dont Alpha Condé a fait montre face à Oyé Guilavogui. A moins que, n’ayant pas le sens des réalités et reclus dans sa tour d’ivoire, il se ferait manipuler via des informations erronées. Encore que ce serait le scénario le plus inquiétant, vu que cela voudrait dire qu’Alpha Condé n’est plus maitre à bord. Rien n’est moins sûr !

Boubacar Sanso Barry

 






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