PONT 8 NOVEMBRE : l’effigie de Sékou Touré dérange…

Depuis sa disparition, le personnage du président Ahmed Sékou Touré rime avec controverse. Aux yeux de ses partisans, il est le panafricaniste à qui la Guinée et quelques autres pays du continent doivent leur indépendance. Pour les victimes de son régime, il est le dictateur qui aura provoqué le massacre de milliers de Guinéens et contraint de milliers d’autres à l’exil. Une démarche institutionnelle de réconciliation n’ayant pas encore permis de trouver un terrain d’entente entre les deux camps, les affrontements et autres frictions sont donc fréquents. Et le dernier cas en date porte sur l’effigie de Sékou Touré gravée sur le pont du 8 novembre (avec Thomas Sankara ndlr), à la rentrée de Kaloum. Une image qui dérange l’Association des victimes du Camp Boiro (ACVB) qui y voit en particulier un pied-de-nez à la mémoire de ceux qui y ont été pendus en janvier 1971. Elle l’a fait savoir, ce mercredi 26 décembre, à l’occasion d’une conférence de presse expressément organisée à cet effet.

« Mettre l’effigie de Sékou Touré sur ce pont serait une insulte à la mémoire de toutes les victimes de ce régime, à l’histoire de la Guinée et constitue une incitation à la haine entre les Guinéens », estime en conséquence l’association. D’autant qu’au-delà des pendaisons de 71, rappelle l’AVCB, «ce pont  a  aussi  été le théâtre de tueries de dizaines de jeunes guinéens venus manifester pacifiquement en 2006. L’Etat s’était alors engagé à y apposer une stèle en mémoire à tous ces nombreux martyrs. Ce pont ne saurait être souillé par l’effigie de celui qui a ordonné les exécutions de toutes sortes durant les 26 ans de règne de la première République », déclare Dr Fodé Maréga, fils d’une victimes du premier régime et responsable de l’ACVB.

Pour lui, il est inadmissible qu’une autorité guinéenne, quelle qu’en soit, dotée d’un minimum de sens de responsabilité vis-à-vis de l’histoire de ce pays ; puisse prendre la décision d’autoriser un acte visant à glorifier Sékou Touré par le biais de ce pont. « Au nom de la mémoire de milliers de Guinéens exécutés sauvagement sous la première République, nous exigeons que ce symbole soit protégé par l’Etat », a-t-il conclu.

Ce débat intervient à la suite de celui qui avait eu lieu en octobre dernier, à l’occasion de la sortie du livre ‘’Mémoire collective, une histoire des violences politiques en Guinée’’, co-écrit par RFI et la FIDH. Les nostalgiques et autres héritiers du régime Sekou Touré avaient vu dans cet ouvrage un procès à charge contre ce dernier.

Balla Yombouno






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