RENDEZ-VOUS 2020 : Alpha Condé lance les hostilités

Alpha Condé est coutumier des discours polémiques et va-t-en-guerre. Pour autant, celui qu’il a servi hier au siège de son parti a quelque chose de particulier. Singularité qu’il tire du contexte et peut-être des raisons pour lesquelles le chef de l’Etat l’a voulu aussi corsé. Le contexte, comme tout le monde le sait, est en rapport avec le rendez-vous crucial de 2020. Année à laquelle Alpha Condé achève son second et ultime mandat. Sauf qu’il ne veut pas se conformer à la limite qui lui est prescrite. Se risquant ainsi à aller au-devant d’une grosse crise politique. D’ailleurs, l’adversité à laquelle son projet pourrait se heurter et dont il sent les prémisses est ce qui le pousse à sortir ainsi de ses gongs. Supportant très mal le fait d’être surveillé et épié dans chacun de ses gestes et dans chacune de ses prises de parole, il a fini par céder à la pression. Dévoilant au passage une certaine fébrilité de sa part. Mais pas que. Parce que par la même occasion, il dévoile un peu plus ses intentions et tout ce qu’il est prêt à consentir pour y arriver.

Dans une précédente publication, nous le disions déjà. Les intentions d’Alpha Condé pour 2020 ne sont plus aussi cachées que le prétendent certains. En tout cas, elles le sont encore moins après son discours d’hier. « S’ils sont sûrs d’eux, on n’a qu’à aller devant le peuple. Il va trancher, c’est lui qui dira ce qu’il veut », a en effet déclaré le président de la République. Peut-on être plus clair ? Dans cette seule phrase, Alpha Condé rend publique sa volonté pour ce qui est de 2020. En somme,  à ceux qui s’échinent à lui contester le droit de briguer un autre mandat à la tête du pays, il les invite à soumettre la question au verdict du peuple. A cet indice, s’ajoute celui en vertu duquel le chef de l’Etat réaffirme son appartenance à son parti, plus qu’à sa fonction de président de de la République. « Maintenant, ce n’est pas le président de la République qui sort, c’est le militant », déclare-t-il à plusieurs reprises au cours de sa sortie. Ainsi donc, les uns et les autres sont situés.

Toutefois, Alpha Condé ne s’est pas limité à dévoiler ses intentions. Il a également donné la mesure de la détermination avec laquelle il entend défendre son projet. Si les uns et les autres le consentent, les choses se feront doucement et dans l’accalmie, selon lui. Cependant, si l’affrontement devenait nécessaire, il se dit prêt et incite les siens à se préparer à cette autre éventualité. Parce que, « personne en Guinée ne m’empêchera d’aller devant le peuple pour lui demander ce qu’il veut », martèle-t-il. Et pour joindre l’acte à la menace, il règle les comptes à ceux qui ont jusqu’ici osé s’élever contre les velléités de modification de la constitution. Ainsi, Takana Zion, auteur d’une vidéo virale dans laquelle il s’opposait vertement au troisième mandat, est traité de ‘’Petit drogué’’. Quant à lui, Abdourahmane Sano, dont la Plateforme est particulièrement active dans la mobilisation des citoyens contre le tripatouillage de la constitution, passe pour un ‘’petit bandit’’ ayant tenté de renverser le chef de l’Etat en marge de la grève des enseignants de l’année passée. Plus globalement, Alpha Condé traite ses opposants de ‘’nains politiques’’ et d’’’égoïstes’’ qui, pendant que leurs propres enfants se la couleraient douce aux Etats-Unis et en Europe, enverraient ceux des pauvres citoyens se faire tuer dans les manifestations.

Les dés sont donc lancés. On ne sait pas tout de la démarche qu’entend utiliser Alpha Condé. Par contre, son objectif est très clair. Il veut rester à Sekhoutouréyah au-delà de décembre 2020. Et pour y arriver, il est prêt à tout, absolument tout !

Boubacar Sanso BARRY






Répondre